Filmer une marque de surf : ce qu'on gagne à ne pas filmer que l'athlète
La performance seule laisse peu de traces. Les trois familles de plans qui, ajoutées autour, font qu'on se souvient de la marque.

Une marque sponsorise un bon rider. Elle sort trente secondes de manœuvres impeccables. C'est beau, ça tourne bien, et à la fin on se souvient surtout du rider.
C'est très courant, et il suffit de peu de chose pour que la marque existe aussi dans le film.
Une vidéo d'athlète raconte l'athlète
C'est logique : quand un plan ne montre qu'une performance, on admire la personne qui l'accomplit. Le produit est là, quelque part sous ses pieds ou sur son dos, mais il n'est jamais le sujet.
La vidéo peut très bien marcher en audience tout en disant peu de la marque.
Ce que le client a envie d'acheter
Rarement la manœuvre : il sait qu'il ne la fera pas.
Ce qui donne envie, c'est d'appartenir à ça. Le matin tôt, le van, la combinaison qu'on enfile en grelottant, le café après la session, les copains sur le parking. Le produit vit là-dedans, à hauteur d'homme.
C'est ce moment-là qui mérite d'être filmé, et c'est souvent celui qu'on laisse de côté parce qu'il n'a rien de spectaculaire.
Les quatre familles de plans
La performance. Elle donne la crédibilité, et une marque de surf en a besoin. Elle occupe rarement plus d'un tiers du montage utile.
Le produit en usage. Les mains qui waxent, la combinaison qu'on remonte, le leash qu'on attache, la planche qu'on sort du van. Plans courts, très proches, et ce sont eux qu'on regarde vraiment.
La vie autour. Le parking, le trajet, le repas, les regards vers l'océan pour évaluer la série. C'est ce qui donne envie d'y être.
Le lieu. Les Landes ont quelque chose de reconnaissable : les pins, le sable clair, cette lumière basse en fin de journée. Autant s'en servir, c'est gratuit et c'est là.
L'ordre au montage
Ce qui fonctionne bien : ouvrir sur le lieu, installer la vie autour, monter en intensité avec la performance, et redescendre sur le produit.
La fin est le moment où l'on retient. Terminer sur une manœuvre, c'est retenir la manœuvre. Terminer sur une main qui range la planche dans le van, avec le logo dans le cadre sans qu'il crie, c'est retenir la marque.
Penser le vertical dès le tournage
Les images finiront surtout sur des téléphones.
Un plan cadré large pour un montage paysage, recadré ensuite en vertical, perd son sujet ou l'écrase au centre. Filmer en sachant qu'il faudra les deux formats change le placement du rider dans le cadre, la marge en haut, la façon de suivre.
C'est une décision de tournage, et c'est bien plus confortable que de rattraper au montage.
Une journée qui se passe bien
L'organisation qui me réussit le mieux :
- Un repérage la veille, pour caler l'heure sur la marée et la lumière
- Une session tôt, où l'on filme la performance et l'eau
- Le matériel et les mains juste après, pendant que tout est encore mouillé
- La vie autour au moment du café, quand les gens sont détendus
- Les plans de lieu à la lumière de fin de journée
Une journée comme celle-là donne largement de quoi tenir plusieurs mois de publications, là où l'on n'était venu chercher qu'une vidéo. C'est agréable à monter, aussi : il y a de la matière.
Le son, pendant qu'on y est
J'enregistre presque toujours quelques ambiances, et je trouve que c'est ce qui se remarque le moins et qui apporte le plus.
Le velcro d'une combinaison, la wax sur la planche, la portière du van, le vent dans les pins. Ces sons-là donnent une texture que la musique seule ne remplace pas, et ils ne coûtent que d'y penser.
Le mélange qui fait qu'on se souvient
Une vidéo de marque tient debout quand elle montre trois choses en plus de la performance : le produit dans les mains, la vie autour, et le lieu.
C'est ce mélange qui fait qu'à la fin, on se souvient de la marque autant que du rider.
Si vous voulez voir des exemples, mon travail en vidéo de surf est par ici.
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